Les deux identités visuelles se basent sur des formes très graphiques mais les résultats obtenus
sont presque à l’opposé. Alors qu’In Motion utilise des formes géométriques, presque
scientifiques,
basées sur une onde, Storytel mise sur des silhouettes organiques, imparfaites et libres à
l’interprétation. Dans les deux cas, la forme est le cœur même de l’identité.
Les visuels du festival sont très chargés, presque saturés en informations par l’assemblage
d’images, de formes, de couleurs, de textes et les jeux avec les différents plans.
A l’inverse, Storytel mise plutôt sur le minimalisme avec des formes imposantes mais des visuels
épurés. Ces différences sont explicables de part la cible visée. D’un côté, des
professionnels de l’animation, et de l’autre, un public très large moins familier des nouvelles
technologies.
On remarque également que les deux studios utilisent un certain nombre de règles pour construire
les
identités,, afin de garder une cohérence sur l’ensemble des supports, qu’ils soient numériques
ou
imprimés. Cependant, ce cadre ne bloque pas la liberté de création et permet au contraire de
développer deux identités modulables, avec un potentiel de déclinaisons très important.
Une palette de couleurs chaleureuses
Illo utilise une palette de couleurs équilibrée entre tons chauds et froids :
jaune,
rose,
bleu, vert, orange, noir et blanc. L’orange y occupe une place particulière car il
représente Storytel à travers son logo. Il est aussi utilisé pour les boutons de
l’application, les titres sur le site web et certains textes sur les visuels de
communication. Illo utilse aussi de temps en temps un blanc crème pour les fonds de
certaines images. Les couleurs choisies sont vives sans être trop saturées. Elles sont
agréables, chaleureuses et rassurantes pour évoquer le calme nécessaire à l’écoute d’une
histoire.
En général, les formes sont noires et placées sur des fonds colorés unis, mais Illo
apporte
parfois de la diversité dans l’identité en inversant ce principe.
Pour ses visuels, Illo utilise le flat design.
Sur l’application, les catégories me semblent être associées avec une logique symbolique
lorsque c’est possible : “police & thriller” en orange, “romance” en rose, “pour
les
enfants” en jaune et “science-fiction” en vert. Ces catégories sont disposées sur une
grille
de deux colonnes de manière à ce que la même couleur ne se retrouve jamais juste à côté
ou
en diagonale.
En revanche, sur tous les autres visuels, les couleurs sont utilisées de manière plus
aléatoire. Par exemple, au début de cette partie, la forme représentant le mot “romance”
était placée sur un fond bleu.
Lire la comparaison sur les couleurs
BUCK et Illo utilisent tous les deux des palettes de couleurs assez réduites pour créer une
ambiance
et une cohérence dans l’identité visuelle. En plus des formes, elles sont un moyen de
reconnaître en
un coup d’œil l’identité du festival, et de l’application.
Alors qu’In Motion repose sur des couleurs très saturées pour attirer le regard, Storytel
utilise
des couleurs plus douces qui correspondent à l’ambiance calme et chaleureuse qu'Illo cherche à
instaurer.
Systèmes d’animation et rôle du mouvement
Utilisation du stop motion
Illo a décidé d’apporter du dynamisme à l’identité visuelle en utilisant le stop motion,
ou
animation pas à pas. Cette technique consiste à photographier un objet à chaque étape de
son
mouvement, puis à assembler toutes les images obtenues pour créer une animation. On peut
aussi rapprocher le travail d’Illo sur cette identité à de l’animation “cut-out”, ou
animation dans des papiers découpés, qui est une forme de stop motion.
Illo a commencé par créer une animation au repos, ou idle, pour chaque forme. Le terme
d’idle vient du milieu du jeu vidéo et décrit les mouvements d’un personnage lorsqu’il
n’effectue aucune action particulière.
Illo utilise les termes d’idle ou de “loop”, qui signifie en boucle.
Sur l’image ci-dessous, on voit la forme originale à gauche et son animation d’idle à
droite, obtenue en superposant plusieurs fois la forme mais très légèrement décalée. Les
saccades générées par cette technique créent une animation qui n’est pas fluide et
renforcent l’effet fait à la main et imparfait voulu pour l’identité.
Ce tremblement rappelle le crépitement des flammes mais aussi les premiers films
d’animation
où chaque image était dessinée à la main.
Apparition des formes
Après avoir conçu une animation d’idle, Illo utilise un système d’apparition des formes.
Elles ne sont pas là dès le début car chacune a un mouvement qui correspond à sa forme.
Peu
importe leur simplicité ou complexité, les animations sont toujours de la même
durée.
Sur la vidéo ci-dessous, on voit quatre manières de faire apparaître les formes.
Sur la première, une forme ovale et très allongée surgit depuis le côté gauche de
l’écran.
Elle se sépare ensuite en deux silhouettes arrondies.
La deuxième forme, en bas a gauche, grandit depuis le centre de l’image puis se déploie,
d’abord en
bas, puis en haut.
Sur celle en haut à droite, on voit en premier une forme de rectangle qui vient remplir
tout
l’espace de bas en haut. Ce rectangle est ensuite recoupé par le bas pour créer des
creux à
l’intérieur.
Enfin, la forme en bas à droite entre depuis le bas de l’écran. Une fois son point le
plus
haut atteint, elle s’élargit.
On remarque que toutes ces animations peuvent être décomposées en deux grandes étapes.
Une
première silhouette apparaît, depuis le centre ou un côté de l’écran, puis elle est
coupée,
déployée, ou agrandie pour donner la forme finale. Les formes constituées de plusieurs
éléments utilisent toujours une logique de révélation de chaque partie au fur et à
mesure.
Système de transformation
Enfin, Illo crée des transformations d’une forme en une autre.
Dans le premier exemple ci-dessous, la forme de départ est composée de deux
éléments :
un
rectangle en haut et un ovale très allongé en bas. Sa silhouette globale lui permet de
facilement se transformer en drapeau, puis en rectangle. Une forme arrondie se détache
ensuite sur le côté droit et bascule vers le bas pour revenir à son point de départ.
On remarque que les transitions se font via des formes très similaires. Ici, elles sont
majoritairement rectangulaires avec un élément rond en détail. L’animation évolue assez
peu
car la silouhette générale garde à peu près les mêmes contours.
Dans la deuxième vidéo, la forme de départ est composée d’un assemblage de 4 silhouettes
en
forme de pilules. Celles-ci se regroupent toutes pour former un arc de cercle, puis un
sablier dont la partie gauche apparait après celle de droite. Enfin, elle s’écrase vers
le
haut, puis se dédouble pour recréer la forme d’origine.
Cette animation est plus variée visuellement que la première, notamment avec l’arc de
cercle
qui change vraiment la forme de base. Cependant, toutes les formes utilisées ont des
constructions assez similaires : elles sont très arrondies et plusieurs d’entre
elles
ont
aussi des symétries horizontales ou verticales.
Bien que toutes les formes de l’identité aient des caractéristiques similaires, on peut
tout
de même les séparer en plusieurs sous-groupes avec les mêmes propriétés :
symétries,
construction en plusieurs parties, silhouettes rondes, rectangulaires ou mixtes, etc. Le
fait d’identifier ces groupes permet de rassembler les formes et de créer des
transitions
fluides dans les animations.
Ce système de transformation permet à Illo de produire des animations expressives grâce
au
rythme saccadé du au stop motion. Il fait aussi écho à l’identité de Storytel. Chaque
animation peut être considérée comme une histoire avec un début (l’apparition), un récit
(les transitions entre les formes) et une fin (le retour au point de départ ou la
transformation en une autre forme).
Le logo animé comme transition
Le logo n’a pas été créé par Illo. Néanmoins son design simple correspond parfaitement
aux
formes de l’identité. Il est donc animé selon les mêmes principes d’apparition et de
transformation. On le voit au début de cette vidéo promotionnelle.
L’animation se joue une fois jusqu’à revenir à la forme de départ de la flamme, puis
elle
grossit en poussant le texte vers le bas, jusqu’à ce qu’il disparaisse. L’animation des
formes sert de transition vers la vidéo qui est incrustée à l’intérieur. Ce système est
plus
original que des effets de fondu ou de balayage, plus classiques.
Lire la comparaison sur les systèmes d'animation
Les deux identités sont animées selon des logiques issues de la manière dont elles sont
construites
et de leurs significations profondes. In Motion utilise des mouvements d’ondes basés sur son
logo
qui transmettent l’énergie électrique et le rythme effreiné du festival. De son côté, Storytel a
recours au stop motion pour rappeler le crépitement d’un feu de camp et l’imperfection des
formes
découpées dans du papier. L’animation est humaine, chaleureuse et raconte une histoire à travers
les
changements dans ses formes.
Une différence majeure est que BUCK utilise l’animation comme la base de l’identité visuelle du
festival. Les formes venant de l’onde se retrouvent sur toutes les images et vidéos. Ces
animations
peuvent être très
énergiques ou plus lentes, ou encore avoir un caractère comme celle qui semble marcher.
A l’inverse, Illo crée les animations pour Storytel à partir des formes qu’ils ont déjà
définies.
L’animation les met en mouvement. Les variations de l’identité visuelle reposent donc davantage
sur
la
diversité des formes que sur l’animation en stop motion.
On peut enfin noter que les formes créées par BUCK varient beaucoup moins que celles d’Illo
pendant
les animations. Cela s’explique par le fait que celles du festival ont besoin d’être continues
pour
être jouées en boucle et sont donc plus linéaires. Les animations de Storytel peuvent également
être
répétées car elles reviennent à leur point de départ, mais ce n’est pas leur objectif principal.
Elles sont évolutives pour raconter des histoires.
Animation du texte
Illo a repris le système d’apparition des formes en plusieurs étapes pour créer des
animations des textes utilisés sur certains supports de communication.
Dans les deux exemples ci-dessous, les contours orange servent à visualiser le mouvement
du
texte. Dans les animation finale, seul le texte orange plein est visible.
Le texte apparaît et disparaît de la droite vers la gauche, ou du bas vers le haut, par le
même
système de translation que les formes. Chaque mot apparaît l’un après l’autre, ce qui
rappelle le rythme saccadé du stop motion et l’enchaînement des animations des formes.
L’identité étant plutôt minimaliste, ce mouvement lui apporte du caractère et du
dynamisme.
Sur le mockup ci-dessous, on peut remarquer que chaque bloc de texte, le titre, le
sous-titre et le logo apparait tour à tour. En premier, le titre utilise le système
d’animation vu précédemment : chacun des mots surgissent l’un après l’autre, de
droite
à
gauche. Le sous-titre juste en dessous apparaît de bas en haut et vient pousser le
titre. Ce
texte est animé ligne par ligne et non mot par mot.
Cette légère variation permet de ne
pas
surcharger la vidéo avec une succession de petites animations et facilite la
hiérarchisation
des informations. Enfin, le logo suit la même logique.
Les animations du texte sont synchronisées avec celles des images juste à leur gauche.
Elles
créent une structure dans l’image et dynamisent des compositions simples en imitant le
stop
motion.
Lire la comparaison sur l’animation du texte
Le festival In Motion n’utilise pas d’animations de texte sauf en de très rares occasions. Sur
la
vidéo analysée, le studio emploient des codes très similaires à ceux du système d’animation
globale
d’Illo : le texte apparait par translation depuis le bas de l’écran, puis bouge légèrement
avec
une
animation d’idle. Ses déplacements suivent le rythme d’une onde et les mots sont désynchronisés,
comme pour Storytel.
Dans les deux identités, les studios expérimentent le mouvement du texte pour apporter du
caractère
et du renouveau à leurs vidéos.
Utilisation de la typographie
La typographie héritée de l’ancienne identité
Pour l’identité de Storytel, Illo a conservé la typographie de l’ancienne charte
graphique
créée par le studio Gardenberg. Je ne sais pas si c’est un choix de leur part ou si elle
a
été imposée par Storytel.
Cette police est la Euclid de la fonderie SwissTypeface. Sans sérif et moderne, elle est
accessible et très lisible. Illo utilise plusieurs graisses pour les titres, les
sous-titres
et les textes.
Le logo de Storytel, lui, se superpose presque parfaitement avec la Myriad Pro Bold, éditée
par Adobe. Sur l’image ci-dessous, j’ai superposé le logo, en noir, au dessus de la Myriad
Pro Bold, en orange.
On voit un très léger décalage sur le s, et des différences sur les lettres t et
l qui semblent avoir été coupées. Le logo a été retravaillé pour correspondre parfaitement à
Storytel et le rendre unique.
Des textes courts et percutants
Tout au long de l’analyse, on a pu remarquer que l’identité est surtout basée sur les
formes.
Quand il y a du texte, il respecte la volonté de minimalisme avec des phrases courtes et
une
police facile à lire pour être accessible à un public large. Il sert à faire passer
l’information de manière efficace.
Écrit en noir, en blanc ou parfois en orange, la couleur représentative de Storytel, il
est
toujours aligné à gauche ou au centre, et ne dépasse pas des formes.
Sur l’image ci-contre, qui vient du compte instagram, le texte prend beaucoup de place
dans
la forme carrée. C’est une citation courte et percutante qui est faite pour donner
envie.
Dans l’ensemble, l’identité créée par Illo limite l’usage du texte pour les visuels de
communication afin
de respecter la direction minimaliste et épurée. Certains visuels n’en utilisent même
pas du
tout.
L’application en revanche nécessite une présence plus importante de texte pour faire
passer
les informations essentielles. Illo utilise alors des titres impactants et des
paragraphes
courts pour ne pas l'alourdir.
Lire la comparaison sur l’utilisation de la
typographie
Les deux studios ont une approche très différente de la typographie. BUCK l’utilise pour
construire
son identité et a, en plus, recours à deux autres polices, dont une qui sort de l’ordinaire,
pour
créer des jeux graphiques sur les affiches. Les textes sont alignés à gauche et à droite avec
parfois des tailles très différentes pour garder la logique des visuels riches en informations.
Illo en revanche s’en sert avec parcimonie : les textes sont plus rares mais ils sont
impactants
grâce à l’utilisation de citations. Ils sont alignés au centre ou à gauche.
Le visuel avec la citation “Your triggers are the guides to your freedom” sur le fond bleu
rappelle
certains des visuels très utilisés sur le compte instagram d’In Motion. La présence d’une phrase
percutante au centre de l’image est en effet un un élément qui fonctionne très bien pour les
réseaux
sociaux. Le texte est court donc très lisible sur téléphone et les arrière-plans
reconnaissables, ce
qui permet d’identifier immédiatement l’identité.
Déclinaisons et évolutions de l’identité visuelle
Déclinaisons de l’identité
Avec la vidéo suivante, Illo montre la modularité de l’identité visuelle. Avec un
montage
dynamique, le studio présente l’ensemble des formes et animations qu’il a créés pour
l’application mobile et les visuels promotionnels.
Illo propose d’appliquer l’identité à des supports print et numérique démontrant ainsi
qu’elle s’applique à tous les formats : l’application, les réseaux sociaux et des
objets
physiques. On voit dans la vidéo des utilisations amusantes de l’identité comme un tote
bag
ou
des fonds d’écran de montre connectée. Ces derniers visuels n’utilisent pas de texte ni
de
logo de Storytel. Pourtant, on reconnaît au premier coup d’œil les formes et les
couleurs
si caractéristiques de l’identité.
Lire la comparaison sur les déclinaisons de
l’identité
Les deux identités sont très modulables et cohérentes. Elles utilisent des formes graphiques
suffisamment reconnaissables pour pouvoir se passer de texte et du logo sur certains visuels.
Les
deux studios ont cherché à pousser l’identité plus loin avec des expérimentations amusantes (3D,
objets physiques), même si celles-ci ne sont pas toutes utilisées.
L’évolution de l’identité par Storytel
L’un des objectifs principaux de cette identité était qu’elle soit facile à prendre en
main
par les équipes de Storytel.
Sur les deux images ci-dessous, provenant de publications Instagram, on peut noter
quelques
différences avec l’identité créée par Illo. Les formes noires ont été abandonnées pour
laisser place à plus de couleurs.
Sur celle de gauche, on voit aussi que trois formes sont utilisées en petit, comme des
décorations ou des stickers collés par-dessus.
Les couleurs ne sont pas exactement les mêmes que celles créées par Illo : le vert
est
légèrement plus foncé et moins saturé alors que le bleu est au contraire plus clair.
On constate ici comment Storytel fait évoluer l'identité pour ses propres besoins.
Cependant, alors que l’identité visuelle est sensée unifier l’image de Storytel à
travers
les 26 pays dans lesquels l’application est disponible, on remarque d’importantes
disparités dans les visuels de communication.
L’image de gauche a été publiée sur le compte finlandais fin 2025. On s'aperçoit
qu’elle utilise bien les formes créées par Illo, mais la couleur bordeaux provient de
l’ancienne identité visuelle de Storytel.
Sur celle de droite, également publiée fin 2025 sur le compte polonais, ni les
formes ni les couleurs, ne semblent vraiment respecter la charte graphique.
Le bleu est encore différent des images vues précédemment. De plus, on peut observer une
ombre
portée derrière la forme, ainsi que des petites illustrations tout autour, ce qui casse
l’idée de
départ d'Illo qui consistait à jouer avec des formes abstraites.
L’utilisation de la nouvelle charte graphique est très différentes selon les pays. On
peut
supposer que la taille et les compétences des équipes de communication varient.
Contrairement à d'autres entreprises qui publient le même contenu traduit sur tous leurs
comptes.
Storytel semble avoir des services locaux qui créent leurs propres
images.
On peut
même se demander s’il existe une charte graphique claire et détaillée, car chaque pays
semble interpréter les règles à sa manière.
Le workshop animé par Illo à Stockholm n’a donc probablement concerné que l’équipe
principale, et non l’ensemble des services internationaux qui gèrent les réseaux
sociaux.
L’abandon du motion design
Sur le site d’Illo, le studio présente la vidéo ci-dessous. On y voit les couvertures
des
livres
associées aux formes et animations que l’on a évoquées tout au long de cette analyse. Les
images apparaissent et disparaissent grâce aux animations des silhouettes.
Pourtant, en ouvrant l’application, on tombe sur cette page d’accueil. A l’exception du
orange, rien ne fait penser à l’identité visuelle d'Illo. On ne
retrouve aucune animation en cliquant sur les couverture des livres.
L’onglet “recherche” utilise bien les formes et les couleurs que l’on a vues dans cette
analyse, mais à part à cet endroit, j’ai eu du mal à retrouver l’identité. Les formes
semblent utilisées ailleurs que sur les pages principales : sur les pages d’erreurs
ou
sur certains onglets un peu cachés.
Le motion design est également totalement absent de l’application.
Même si je n’ai testé que la version d’essai gratuite de l’application, ce qui explique
peut-être en partie ma déception, l’identité n’est, selon moi, pas exploitée à son plein
potentiel. Illo semble avoir designé beaucoup plus de choses que ce qui est réellement
utilisé.
Il existe un contraste frappant entre la présentation du projet par Illo et la réalité
de
l’utilisation de l’identité visuelle, que ce soit sur l’application ou dans la
communication
sur les réseaux sociaux.
Ces différences m'interrogent. Illo est un studio réputé qui a travaillé avec de très gros
clients. Ils ont
déjà réalisé des identités visuelles complètes pour des applications et des sites web.
Il
est donc étonnant de voir un tel décalage entre ce qui a été créé et la réalité. Il me
paraît assez peu probable que la charte graphique d'Illo n’ait pas été assez claire
ou fournie, de part leur expérience.
Il me semblerait aussi très étonnant que la page d’accueil de l’application ait été
créée
par Illo. Je pense que le studio aurait proposé quelque chose de beaucoup plus original
et
qui respecte l’identité qu’il a créé. Peut-être que Storytel a voulu s’offrir une
nouvelle
image de marque créative et originale tout en voulant garder une application accessible
et
simple d’utilisation pour son public très large. Cela pourrait expliquer l’ambivalence
entre
l’identité visuelle créative et ambitieuse et la réalité plus sobre de l’application.
Pour la partie communication sur les réseaux sociaux, on peut supposer à la fois des
soucis
de communication interne sur l’utilisation de cette nouvelle identité à l’international,
et un manque d’expérience de certaines équipes pour gérer une identité aussi créative et
animée.
Le motion design a été totalement abandonné : lors de mes recherches, je n’ai pu
retrouver
qu'un seul visuel animé sur le compte italien. C’est tout un pan de l’identité créée par
Illo qui se retrouve abandonnée. D’un point de vue personnel, je trouve cela très
dommage
car
l’animation apportait une réelle valeur ajoutée, en lien avec la symbolique
du
feu de camp.
L’identité est encore relativement récente, elle date de novembre 2024. C'est possible
que
les
différentes équipes de Storytel aient besoin d’un peu de temps pour s’adapter à ce
changement.
Dans ce cas, on peut s’attendre à plus de cohérence dans les mois et années à venir.
Lire la comparaison sur l’évolution des identités
On observe pour les deux projets des évolutions par rapport à l’identité originelle. Cela montre
qu’une identité visuelle n’est pas figée : elle doit pouvoir évoluer pour s’adapter à de
nouveaux
besoins. Cependant, là où In Motion réussit à apporter des variations tout en conservant le cœur
de
son identité, Storytel semble avoir plus de difficultés.
Ces différences viennent surement de la manière dont est gérée la communication. Pour In
Motion,
il n’y a probablement qu’une seule équipe qui s’occupe de tout le festival. De plus, l’évènement
s’adresse à des professionnels de l’image et de l’animation. La communication visuelle autour se
doit d’être parfaitement réalisée.
À l'inverse, Storytel doit gérer la communication dans 26 pays différents, ce qui implique
plusieurs
équipes. Des difficultés à se coordonner expliquent sans doute les nombreuses différences de
visuels
entre les pays. On peut aussi imaginer que le public visé par Storytel est beaucoup moins expert
que
celui d’In Motion. Des soucis de cohérence dans l’identité visuelle sont donc moins gênants.
Alors qu’In Motion maintient une cohérence graphique en mouvement depuis trois ans, Storytel a
totalement abandonné le motion design. L’identité visuelle reste toutefois très reconnaissable
grâce
aux formes graphiques et aux couleurs. On peut donc se poser la question : le
motion
design pour Storytel était-il vraiment nécessaire et pertinent ?
Conclusion et réflexions pour mon projet personnel
Conclusion
Cette identité s’appuie sur une symbolique autour du feu de camp et du fait de se
rassembler
pour partager des histoires. Le logo représente une flamme et les formes noires
imposantes
rappellent les ombres projetées par le feu. Illo a créé différents systèmes d’animation
des
formes : idle, apparition et transformation, en utilisant le stop motion pour
imiter le
crépitement de la flamme. Le studio a construit une identité visuelle chaleureuse et
accessible
grâce à l’utilisation de couleurs rassurantes et aux formes découpées dans du papier.
Ces
formes imparfaites et faciles à dessiner représentent des mots, des idées ou des
concepts,
et laissent place à l’interprétation personnelle. Elles permettent à chaque utilisateur
de
s’engager avec l’application.
Les différences entre les deux identités visuelles
Les deux studios ont des approches très différentes pour créer ces deux identités : alors
que
BUCK a
directement utilisé l’ordinateur pour créer des formes très géométriques, Illo a commencé par
découper des silhouettes organiques et imparfaites dans du papier. Leurs processus d’animation
s’opposent également : pour In Motion, les formes naissent à partir de l’animation
dynamique
du
logo, alors que pour Storytel, les formes sont d’abord créées, puis mises en mouvement avec un
rythme saccadé lié au stop motion. Les deux identités ne s’adressent pas au même public, ce qui
explique aussi les différences dans la composition des visuels : le festival utilise des
images et vidéos très chargées, énergiques et dynamiques avec des couleurs vibrantes, alors que
pour
l’application Illo cherche à concevoir une identité plus minimaliste, chaleureuse et accessible.
Réflexions personnelles
L’analyse de l’identité visuelle de Storytel est très utile pour mon projet personnel
car je
trouve l’identité épurée mais efficace. Malgré la simplicité dans la création des
formes,
leur découpage imparfait leur donne du caractère. Comme je n’ai jamais créé d’identité
visuelle ni
fait de motion design, les formes épurées et accessibles créées par Illo me rassurent
sur la
manière de commencer mon projet.
J’aime beaucoup toute la symbolique que le studio a utilisé autour des formes et des
animations liées au feu de camp. Cela permet d’avoir un point de départ pour développer
des
idées, et
une raison au design final. J’aimerais utiliser des formes ou des couleurs qui ont une
signification en lien avec les créations ou les bénévoles de mon association.
Toutefois, j’ai été un peu déçue en téléchargeant l’application Storytel et
en regardant certains comptes instagram. L’abandon du stop motion, pourtant intéressant
selon moi, m’a fait m’interroger sur la pertinence de son utilisation. Pour mon
projet, je souhaite éviter ces questionnements et désire que le motion design fasse
partie
intégrante de l’identité de SkyTale.
Bibliographie et crédits
Conception graphique : Capucine Blaise
Caractère typographique : Inter
Travail réalisé dans le cadre de la licence professionnelle Design graphique, éditorial et multimédia
à l'université Rennes 2.
J'ai utilisé l'IA pour certaines corrections syntaxiques et comme aide pour certaines fonctionnalités du site web.